À Propos/About
L’AFFICHAGE SUR LE MOBILIER URBAIN

Communiquer sur le domaine public avec des budgets plus ou moins grands. Communicating on the street with smaller or larger budgets
Depuis plusieurs décennies, l’affichage sur le mobilier urbain existe et est maintenant partie intégrante du paysage montréalais. Des milliers d’affiches à saveur culturelle et communautaire tapissent depuis longtemps les lampadaires de la Ville, les poteaux électriques d’Hydro-Québec et les boîtes aux lettres de Postes Canada. Mais bien que ce genre d’affichage soit déjà courant au début des années 80, pratiquement aucune législation n’est venue encadrer cette pratique, mis à part la légalisation de l’affichage sur les palissades de chantiers de construction.
Ces dernières années, un certain esprit de tolérance envers ce type d’affichage a prévalu, mais un durcissement récent des orientations de la réglementation sur la propreté prises par la Ville de Montréal a provoqué une recrudescence marquée des constats d’infraction. Or, ce sont les petits lieux d’art et de spectacles, les promoteurs d’événements et de festivals et les artistes qui en héritent, les accablant ainsi d’une charge financière supplémentaire pouvant les placer dans une situation précaire. Dans les deux dernières années, les membres de COLLE (organismes et individus) ont reçu pour plus de 215 000 $ en constats d’infraction.
Pourtant, la réglementation de la Ville (RRVM c. P12.2) est en contradiction avec la décision de la Cour Suprême du Canada (Ramsden vs Peterborough), qui confirme que l’affichage est une forme légitime d’expression, et exige sa protection en vertu de la section 2(b) Liberté d’expression, de la Charte canadienne des droits et libertés. Si l’on limite les lieux où l’affichage est permis, des espaces propices à l’affichage devraient donc être offerts en nombre suffisant par la Ville de Montréal, ce qui n’est pas le cas.
Montréal se targue par ailleurs d’être une métropole culturelle, se félicitant de la renommée internationale de ses créateurs et événements. Par contre, il reste à démontrer que ce succès pourra être maintenu à long terme. Pour qu’elle puisse se renouveler, la vie culturelle a besoin d’être appuyée par des politiques lucides qui encouragent l’émergence de nouvelles idées, d’artistes, de tendances et de productions. La ville doit donc élargir sa vision culturelle, et développer des stratégies en pensant à l’avenir, et en soutenant autant les petits acteurs de l’écosystème culturel que les plus gros.
Les salles et producteurs indépendants ne possèdent pas les fonds nécessaires pour pouvoir annoncer dans les journaux, à la télévision et même à la radio. La plus part des 6 000 petits spectacles produits par an sont annoncés par des affiches posées sur le mobilier urbain. N’ayant que trop rarement des solutions de rechange à ce mode de publicité, hormis les calendriers événementiels sur internet ou dans les journaux culturels, ils procèdent de cette façon au risque de recevoir des contraventions.
Malgré la poussée technologique des années 90 avec la création d’Internet, l’affichage sauvage constitue encore le principal outil de communication pour les producteurs, les salles et pour les gens de la communauté de transmettre de l’information ou d’annoncer et de promouvoir leurs évènements et ce, à moindres coûts. En effet, pour faire la promotion de leurs événements, la culture indépendante produit au-delà de 300 000 affiches. C’est ce moyen, vital à la production culturelle indépendante, que la réglementation RRVM c. P-12.2 interdit et pénalise.

Austin, Texas
Même si on les considère davantage aujourd’hui que par le passé, nous ne répéterons jamais assez que les manifestations artistiques produites en marge d’une industrie bien rodée contribuent au dynamisme et à la richesse de l’offre culturelle de Montréal. Il importe donc que ces intervenants puissent aussi rejoindre une clientèle variée. Une des façons de faire est d’afficher sur le mobilier urbain. C’est une problématique réelle, maintes fois évoquée à Montréal et qui a fait l’objet d’actions dans d’autres centres urbains (notamment dans notre province dans des villes comme Rouyn-Noranda, Rimouski et Québec, dans des villes au Canada comme Ottawa et Vancouver et même dans des villes à l’international comme Paris, Genève et Lausanne).
Bien plus qu’un geste de promotion pour un spectacle ou pour une activité communautaire, la pose d’affiches sur le mobilier urbain représente un geste de liberté. La liberté de s’approprier l’espace public pour transmettre de l’information utile à tous. C’est une réalité qui dépasse la promotion d’événements culturels. Qu’en est-il des annonces de quartier annonçant des ventes de garage, des levées de fonds pour des causes importantes ou des animaux perdus? Ces gestes méritent-ils d’être pénalisé ou méritent-ils un espace bien à eux? Peut-on continuer de judiciariser un geste comme celui-ci?
Plusieurs autres villes autour du monde se sont penchées sur cette problématique et ont trouvé des solutions. Nous croyons que la Ville de Montréal, de par son titre de métropole culturelle, doit prendre en considération l’importance de la scène culturelle et artistique indépendante montréalaise, de rayonnement international, et trouver une solution tenant compte des besoins du milieu. Nous croyons aussi que celle-ci doit amorcer une réflexion plus large sur sa façon de voir l’affichage en général. Si Montréal peut se distinguer et innover en matière de transport urbain (BIXI), elle peut très certainement se distinguer en matière d’affichage urbain.

Posters and decorations announce neighbourhood cultural events
POSTERING IN THE PUBLIC REALM
A historic presence for decades, postering has become a distinct feature of Montreal’s urban landscape. Thousands of posters announcing cultural and community events line the city’s lampposts, electric utility poles, and Canada-Post’s mail boxes. While postering has been a constant for many years, very little legislation regulates this activity, with the exception of a clause confirming the legality of postering on construction site siding.
While a degree of tolerance had been reached in the last few years, the City’s recent push to tighten regulations regarding cleanliness has resulted in a sharp increase in the number of fines delivered. Small and independent venues and arts spaces, festival and event producers, and ultimately artists are the recipients of these fines, an additional financial burden that heightens their already precarious position. In the past two years, members of COLLE (organisations and individuals) have received over 215,000 $ in fines.
Montreal’s city by-law RRVM c. P-12.2 is, however, in violation of a Supreme Court of Canada ruling (Ramsden vs Peterborough), which upholds postering as a legitimate form of expression and sets precedence for its protection under section 2(b), Freedom of Expression, of the Charter of Rights and Freedoms. Appropriate and sufficient space for postering must therefore be made available by the City, a condition which is not currently met.
Montreal actively promotes itself as a cultural center and regularly celebrates the justified global renown of its many well known artists and cultural events. However, the question remains as to whether this success and notoriety can be maintained in the longer term. The city’s cultural life will only renew itself if enlightened policies are implemented which foster the development of new ideas, artists, tendencies and activities. The city therefore needs to broaden its outlook and develop policies with an eye to the future by supporting the smaller members of its cultural ecosystem rather than just the large ones.
Independent venues and promoters, and certainly artists, do not have the means to advertise through newspapers, television, or radio. Most of the 6,000 shows this community holds annually are announced first by means of posters placed on street furniture. As internet-based calendars and cultural publications do not provide an effective workable alternative, postering continues at the risk of receiving fines.
Despite technological evolution since the 1990’s and the advent of the Internet, postering is still the primary means of communications for promoters, venues and artists, who collectively make over 300,000 posters. This independent culture community relies on the medium’s affordability and versatility, precisely the medium which Montreal’s bylaws would prohibit and penalize.
The significant contribution of emergent cultural expression to Montreal’s more established cultural industries and to the vibrancy and diversity of the city’s cultural scene is now broadly recognised. It is important that less main-stream events also be able to reach a broad audience, a need met by postering in public areas. This issue has been discussed many times in Montreal, and addressed in other urban centers in the province (Rouyn-Noranda, Rimouski, Quebec City), the country (Ottawa, Toronto, Vancouver), or even internationally (Paris, Geneva, Lausanne).
More than simply advertising for a show or a community event, postering in the public realm is emblematic of freedom. Freedom use public space to express ones opinions or communicate information useful to the local community. This reality reaches beyond promoting cultural events: what of posters announcing garage sales, fundraisers for charitable causes, or lost animals? Do these messages deserve to be punished, or do they deserve a space? Is criminalizing these community-level interactions a solution?
A group with members from the emergent and independent cultural milieu have formed as a working-group to elaborate implementable solutions in collaboration with the City of Montreal. Many other cities around the world have found means to address the need for postering. We believe that the City of Montreal, to fulfill its claim to the status of a “cultural metropolis”, must acknowledge the contribution of its internationally known independent music scene, and find a solution that addresses its needs. We believe the city must engage in a broader assessment of its understanding of postering. If Montreal is able to innovate in public transit with systems such as BIXI, then the City should have no trouble being a leader in solutions for postering and public expression.

